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Points-clés du conseil spécialisé « Grandes cultures-marchés céréaliers » du 10 mars 2021

Le Conseil spécialisé « Grandes cultures » de FranceAgriMer s’est réuni le 10 mars 2021, sous la présidence de Benoît Piètrement. Au programme : situation des marchés céréaliers au niveau mondial, européen et français, nouvelles prévisions de commercialisation des céréales françaises pour 2020/21 et focus sur la Turquie par le service économique régional de l’ambassade de France à Ankara.
Mots-clés : céréales, blé tendre, blé dur, maïs, orges, marché, commercialisation, importations, exportations, Turquie, farine, prévisions, Monde, Union européenne, France
blé au printemps
Situation des marchés des grandes cultures au niveau international : l’emballement des prix marque le pas

Si les cours mondiaux des céréales restent élevés, la hausse constatée ces derniers mois semble marquer le pas.  

Concernant le blé tendre, la Chine se hisse au rang de troisième importateur mondial derrière l’Egypte et l’Indonésie, avec près de  10 millions de tonnes (Mt) d’achats de blé prévus par le Conseil International des Céréales. Les blés de l’hémisphère sud (Argentine, Australie) sont actuellement les moins chers sur le marché international. En deux mois, l’Australie a déjà exporté 5 Mt de blé. Plus de 9 tonnes sur 10 sont destinées à l’Asie, Chine et Indonésie en tête. Le gouvernement chinois a décidé d’augmenter le prix minimum garanti du blé pour inciter les producteurs chinois à semer davantage de blé au nom de la souveraineté alimentaire.

L’orge reste rare et chère sur le marché mondial. La Chine continue d’être le moteur de la demande. Elle devrait importer autant d’orge que l’Arabie saoudite en 2020/21, soit 6,7 Mt selon le CIC.

Avec plus de 23 Mt d’importations de maïs en 2020/21 selon le CIC, la Chine décroche la première place d’importateur mondial, loin devant le Mexique (17 Mt) et le Japon (16 Mt). Les États-Unis reviennent en force sur le marché chinois du maïs et de l’éthanol. Au 25 février 2021, les engagements à l’export de maïs américain atteignaient près de 19 Mt à destination de la Chine, 12 Mt vers le Mexique et 8 Mt vers le Japon.

Nouvelles prévisions de commercialisation des céréales françaises en 2020/21 : perte de compétitivité dans l’Union européenne

Concernant le blé tendre, les disponibilités pour le marché restent estimées à 30,3 Mt, avec une légère révision à la baisse des prévisions d‘importations, compensées par l’augmentation des estimations de collecte, dopée par les niveaux de prix actuels. Sur le marché français, les prévisions d’utilisation par l’amidonnerie sont ajustées à moins de 2,6 Mt (- 20 000 tonnes par rapport au mois dernier) au vu des réalisations sur 7 mois de campagne. Les autres utilisations domestiques (alimentation humaine, alimentation animale et utilisations non alimentaires) sont maintenues au même niveau que le mois dernier. Au total, les utilisations de blé sur le marché français restent attendues à plus de 14 Mt. Les prévisions d’exportations françaises en dehors de l’Union européenne sont également maintenues à 7,45 Mt. En revanche, les prévisions de ventes vers nos voisins européens sont révisées à la baisse de 130 000 tonnes à 5,8 Mt, en raison d’une meilleure compétitivité des blés allemands, à destination notamment du nord de l’Union européenne. Le stock de blé français pourrait atteindre près de 2,7 Mt en fin de campagne.

S’agissant des orges, les disponibilités restent estimées à 10,2 Mt comme le mois dernier. Les utilisations attendues sur le marché français sont proches de 2,1 Mt malgré un léger ajustement à la baisse de 10 000 tonnes pour la malterie, au regard du réalisé sur les 7 premiers mois de campagne. Comme pour le blé tendre, les prévisions de ventes vers l’Union européenne sont révisées à la baisse à 2,5 Mt (-105 000 tonnes par rapport au mois dernier), en raison d’une moindre compétitivité. En revanche, les prévisions d’exportations vers pays tiers progressent à 3,2 Mt (+ 100 000 tonnes).     Au total, le stock français de fin de campagne s’établirait à un peu moins de 1,1 Mt, en hausse de 20 000 tonnes par rapport à la prévision du mois dernier.

Concernant le maïs, les prévisions d’utilisation sur le marché français sont maintenues à ce stade à près de 6,6 Mt, avec un potentiel de baisse qui sera affiné le mois prochain, concernant les utilisations en éthanolerie (dégradation des marges) et la fabrication d’aliments du bétail en raison de l’influenza aviaire. Les prévisions de ventes vers l’Union européenne sont ajustées à la baisse à 3,7 Mt (-34 000 tonnes par rapport au mois dernier) ainsi que les prévisions d’exportations vers pays tiers, désormais estimées à 540 000 tonnes (-60 000 tonnes). Le stock de fin de campagne se détendrait à un peu plus de 2 Mt.

Le stock de fin de campagne de blé dur se détend également en raison de l’ajustement à la baisse des prévisions d’exportations vers l’Union européenne (- 20 000 tonnes à 710 000tonnes) et les pays tiers (-10 000 tonnes à 210 000 tonnes), en partie compensée par une diminution des prévisions d’importations (- 10 000 tonnes) au vu du réalisé à 7 mois de campagne.

Focus sur la Turquie : un leader mondial de l’exportation de farine vers les zones à risques, très dépendant des importations de blé russe

Plus grand producteur mondial de noisettes, d’abricots et de cerises, la Turquie est aussi un acteur majeur pour la production de viande de volailles, de produits aquacoles, d’agrumes, de fruits secs et d’oléagineux. Avec 3 millions d’exploitations, l’agriculture occupe 20 % environ de la population active turque et représente 6,6 % du PIB du pays en 2020. Selon les années, la Turquie se classe entre la 7e et 10e puissance agricole mondiale. Mais le pays souffre encore de grandes disparités régionales (est-ouest/nord-sud), d’un faible niveau de mécanisation et du coût élevé des intrants, souvent importés. La taille des exploitations reste modeste : 6 ha en moyenne.

La Turque produit aussi des céréales sur 10,7 millions d'hectares (Mha) dont 6,5 Mha de blés (tendre et dur). Sa production annuelle de blés varie entre 17 et 22 Mt pour une consommation intérieure de 18,5 à 19,5 Mt absorbée par ses 84 millions d’habitants.

La Turquie reste aussi un très gros importateur de blés : 9,7 Mt en 2020 dont 8,6 Mt de blé tendre, avec une accélération des achats du TMO, l’organisme d’intervention turc, depuis septembre 2020 pour constituer des réserves en raison de la pandémie de COVID. Confrontée à une hausse de ses prix intérieurs de 26 % en 2020 et à la pandémie, la Turquie a supprimé les droits de douanes à l’importation jusqu’à la fin avril 2021, précédemment fixés à 45%. Si ce pays s’approvisionne traditionnellement en blés d’origine Mer noire (Russie, Ukraine, Roumanie), les restrictions à l’exportation mises en place par la Russie peuvent offrir des opportunités à d’autres origines.

Les importations turques sont réexportées sous forme de produits transformés (farine principalement mais aussi pâtes alimentaires, biscuits, boulgour et semoule) représentant au total 7,5 Mt de blé tendre et blé dur en équivalent grains. La Turquie utilise en effet le régime du perfectionnement actif qui donne aux industriels la possibilité d’acheter leurs matières premières au prix du marché mondial sans être soumis à des droits de douane, à condition de réexporter les produits après transformation. La Turquie est ainsi devenue leader des exportations de farine dans le monde depuis 10 ans (3 Mt exportées en 2020, en augmentation de plus de 8 %). Ses exportations de pâtes alimentaires ont également progressé en 2020 à près de 1,5 Mt.

Le secteur de la  minoterie turque bénéficie de réels atouts : installations modernes, flexibilité des opérateurs et diversification de certains industriels dans l’alimentation animale et l’énergie en valorisant les sons de blé, coûts de main d’œuvre peu élevés et frais généraux de production 2,5 fois moins élevés que les moulins français, emplacement géographique des structures favorable pour importer et exporter, bonne performance logistique notamment portuaire, dispositifs d’aides tels que régime du perfectionnement actif et défiscalisation en zones franches et zones industrielles organisées, accès à de nombreux pays à proximité culturelle et politique, dévalorisation de la livre turque favorable à l’exportation, acquisition de terres agricoles à l’étranger notamment dans les Balkans et en Ukraine...

La Turquie mise sur ses atouts et entend diversifier ses débouchés, grâce au développement de silos conventionnés et d’entrepôts certifiés par l’État, de démarches qualité et de segmentation de l’offre (produits bio, halal et sans gluten) et par la valorisation de la production via les bourses de commerce.

Aujourd’hui, les exportations turques de farine sont principalement destinées à l’Irak (40 %), au Yémen (15 %), à la Syrie, au Venezuela et à plusieurs pays africains. Ses plus gros clients sont des zones de conflits à risques, peu prisées par les exportateurs occidentaux. La Turquie tire ainsi parti des programmes d’aide alimentaire mis en œuvre en faveur des pays en crise. Trois quarts des appels d’offres du programme alimentaire mondial relatifs à la farine fortifiée sont remportés par les meuniers turcs. À l’inverse, la Turquie exporte très peu vers l’Union européenne : moins de 2 000 tonnes en cumul de 2017 à 2020, principalement destinées au Royaume-Uni, devenu pays tiers depuis le 1er janvier dernier.

La minoterie turque est en effet confrontée à de faibles taux de rendement avec plus de 600 moulins familiaux peu performants même si des opérations de concentration et de rachat sont en cours.

Enfin, si la dépréciation de la livre turque constitue un atout à l’exportation, elle pénalise les importations, la Turquie restant très dépendante de la Russie pour son approvisionnement en matières premières.

Aujourd’hui, le kg de farine vendu en grandes et moyenne surfaces est plus cher en Turquie qu’en France.

Pour en savoir plus, consulter ci-dessous les documents présentés au conseil spécialisé.      

Photo Pixabay : blé encore vert

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