Aller à la navigation principale Aller au contenu

Conseil spécialisé Ruminants du 27 octobre 2020

Le conseil spécialisé Ruminants de FranceAgriMer s’est réuni le 27 octobre 2020 sous la présidence de Bruno Colin et la vice-présidence de Michèle Boudoin. Au programme, évolution de la conjoncture économique des filières ruminants lait et viande durant l’été et plan de relance gouvernemental.
Mots-clés : viandes, Viandes rouges, ovins, caprins, bovins, lait, produits laitiers, fromages, beurre, lait écrémé, marché, Economie, Covid-19, consommation, exportations, importations
Moutons
Conjoncture économique des filières ruminants lait et viande avant reconfinement
  • Évolution de la consommation

La fin du premier confinement et la réouverture des restaurants et cantines depuis le 15 mai s’est traduite par une reprise de la consommation globale de viandes ovines et bovines à partir du mois de juin respectivement de 1,4 % et 2,8 % sur la période juin-août par rapport à 2019. La consommation totale de viandes rouges reste néanmoins en repli en cumul depuis le début de l’année. La hausse des achats des ménages de 5 % ne compense pas le recul de la consommation hors domicile. La part des viandes d’origine France demeure supérieure à celle de l’an dernier, en raison des importations qui ont reculé et n’ont pas retrouvé le niveau d’avant crise. 

La viande hachée fraiche ou surgelée reste plébiscitée par les ménages français pour leur consommation à domicile, avec des achats en croissance par rapport à 2019 durant l’été, sans toutefois atteindre les pics observés pendant le confinement. À l’inverse, les achats de viande de veau, en légère progression pendant le confinement, ont fléchi durant l’été (- 6 % par rapport à 2019). Les achats de viande ovine, en recul depuis le début de l’année (- 8 % de janvier à mai 2020), peinent à se redresser et accusent un repli estival de 2 % par rapport à 2019.

Les achats des ménages français en produits laitiers, en forte hausse durant le confinement, ont ralenti durant l’été. Pour les produits conventionnels, ils restent toutefois supérieurs à ceux observés en 2019 à la différence des achats en produits bio, en baisse.

  • Gestion de la production et des stocks, impacts sur les échanges et évolution des prix

Veaux de boucherie : la sortie du confinement a permis la reprise d’activité des tanneries et de la restauration hors domicile, débouché important pour le veau français, et une relance modérée des exportations de viande. Les abattages de veaux ont diminué de 6 % depuis le début de l’année mais les exportations de petits veaux ont permis de résorber les stocks. Les cours des veaux de boucherie, au plus bas durant le confinement, ont profité de la hausse saisonnière et se sont redressés, dépassant depuis fin septembre les prix constatés en 2019. Le marché du petit veau reste chargé.

Gros bovins : le marché des broutards souffre d’une offre restreinte en mâles comme en femelles. La cotation des broutards a chuté en août avant de se stabiliser à un niveau faible, inférieur de 10 cts/kg à celui de l’an dernier, sous l’effet d’une demande européenne atone. Malgré des exportations irrégulières cet été, les exportations de broutards sont en hausse en cumul sur l’année par rapport à 2019 et 2018.

Le marché des jeunes bovins allaitants reste chargé en Europe et pèse sur les cours qui peinent à se redresser. La réduction des exportations de viande bovine, suite à la baisse de fréquentation touristique dans les pays d’Europe du sud, clients de la France, et à la forte concurrence de la Pologne influence négativement  les prix. En France, la hausse des abattages de jeunes bovins allaitants (+ 5 % de juin à septembre) a permis de réduire progressivement les surstocks d’animaux, constitués pendant le confinement.

Les abattages de vaches ont augmenté de 5 % par rapport à l’an dernier de juin jusqu’à la mi-août. Depuis, ils sont en baisse de 2 % (- 4 % pour les vaches allaitantes et – 3 % pour les vaches laitières). Cet été, grâce à une production modérée de viande et la reprise de la consommation en restauration hors foyer, les cotations des vaches se sont redressées et sont désormais supérieures à celles de l’an dernier. Depuis le début de l’année, la forte demande en haché a permis aux cotations des vaches de progresser significativement.

Viande ovine : les abattages d’agneaux français ont augmenté à la sortie du confinement, notamment en juillet à l’approche de la fête de l’Aïd. Ils se sont repliés depuis. Les importations de viande ovine, en recul constant depuis le début de l’année, sont également reparties à la hausse en juillet pour satisfaire la demande française, mais se sont de nouveau repliées en août. En cumul depuis le début de l’année, les importations françaises de viande ovine sont en retrait de 12 % par rapport à 2019. Seules les importations d’ovins vivants, en hausse depuis mai pour compléter la production française, ont continué de progresser en août dernier.

Le prix des agneaux de boucherie français a atteint des valeurs records à plus de 7 €/kg depuis le mois de septembre, sous l’effet d’une offre française limitée et du recul des importations.

Lait de vache conventionnel : après les incitations à la réduction de la production laitière, la collecte de lait française est repassée au-dessus des niveaux de 2019 en juillet, avant un creux en août inférieur à celui de l’an passé, en lien avec les fortes températures. Depuis le début de l’année, la collecte laitière française a progressé de 0,5 % par rapport à 2019. Au niveau mondial, on observe une reprise de la production à partir de juin, d’abord portée par l’Union européenne puis par les États-Unis. En cumul depuis le début de l’année, la collecte mondiale est en hausse de 1,7 % par rapport à 2019, et la collecte européenne de 1,1 %.

Dans l’Union européenne, l’augmentation de la collecte s’est traduite par un développement des fabrications de produits laitiers, à l’exception des yaourts et de la poudre écrémée.

Malgré la crise sanitaire mondiale, les échanges mondiaux ont progressé, soutenant notamment les exportations au départ de l’Union européenne (beurre et fromages) et des États-Unis (poudre de lait écrémé).

Le prix réel du lait conventionnel payé au producteur est en repli par rapport à 2019 depuis avril, en France comme dans l’Union européenne, en lien avec la crise sanitaire et l’augmentation de la collecte mondiale.

Les prix des produits industriels (beurre, poudre de lait écrémé) se sont redressés après la dépression observée au cœur de la crise sanitaire, avant de se stabiliser au cours de l’été. Depuis le début de l’année, le prix du beurre a fléchi de 18 % en France par rapport à 2019, celui de la poudre de lait écrémé est en hausse de près de 9 %. La compétitivité prix des pays de la zone euro s’est néanmoins dégradée sur le marché mondial face à l’Océanie et aux États-Unis.

Lait de vache bio : la collecte française de lait bio a progressé de 10 % depuis le début de l’année, entraînant le développement des fabrications de tous les produits laitiers bio, mais aussi des excédents de matière protéique par rapport aux besoins de la transformation. Ce déséquilibre explique probablement la baisse du prix réel payé au producteur depuis avril, malgré un rebond en juillet, dans un contexte de ralentissement des achats des ménages en produits laitiers bio depuis le déconfinement.

Lait de chèvre : la collecte française de lait de chèvre est en hausse depuis le début de l’année (+ 4,6 % sur 8 mois par rapport à la même période 2019), malgré un léger ralentissement depuis mai. La forte diminution des importations a permis de modérer les disponibilités totales. Les fabrications de fromages à la pièce, hors fromages frais, ont ralenti en juillet-août mais restent plus élevées qu’en 2019. Les stocks sont comparables à ceux de l’an passé.

Le prix réel du lait de chèvre payé au producteur a progressé par rapport aux deux dernières années.

Lait de brebis : la collecte de lait de brebis, volontairement freinée au début de la crise sanitaire, n’a pas vraiment repris malgré une légère augmentation en fin de campagne. Grâce à la dynamique de début de campagne (octobre 2019 à mars 2020), elle ressort néanmoins en hausse de 2,5 % sur 11 mois. Les fabrications de fromages de brebis sont restées stables et l’ultra-frais continue de progresser (+ 3,7 % par rapport à 2019).

À l’heure du reconfinement dans plusieurs pays européens, la perspective d’une sortie de crise s’éloigne pour les marchés, par ailleurs confrontés aux incertitudes du Brexit.

Perspectives d’évolution de la consommation

La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a livré au conseil son analyse de l’évolution de la consommation suite à la première crise de la COVID 19. Pour la FCD, cette crise a été un accélérateur de tendances en matière d’attentes sociétales, d’origine et de souveraineté alimentaire, de prix et d’accessibilité. La forte réactivité de la chaîne alimentaire dans son ensemble et la résilience du personnel de la grande distribution pendant la première vague a permis d’assurer l’approvisionnement  des magasins en dépit des stocks constitués par les ménages en produits de base, stockables et bon marché, en prévision du confinement. L’e-commerce a également connu un développement hors norme (+ 31 %) et les petites structures de proximité (supérettes, supermarchés) ont vu leur fréquentation exploser, réduisant la gamme des produits achetés.

Malgré les efforts déployés pour réorienter certaines productions vers les grandes et moyennes surfaces (GMS) pendant le confinement, la FCD souligne que la grande distribution ne peut totalement compenser les pertes de débouchés à l’exportation ou en restauration hors foyer. Aujourd’hui les GMS valorisent environ 47 % des viandes françaises et 36 % des produits laitiers.

Par ailleurs, la sensibilité des consommateurs aux prix reste forte. En France, les dépenses alimentaires des ménages sont les plus élevées d’Europe et les prix des produits sont en moyenne supérieurs de 15 % au reste de l’Union européenne en 2019, selon la FCD.

79 % des consommateurs estiment que consommer mieux coûte plus cher, 38 % déclarent que la crise sanitaire induit une baisse des revenus et l’intention de comparer les prix avant d’acheter a augmenté de 30 %. Avec un pouvoir d’achat en baisse de 0,5 % en 2020, les ménages gagnant moins de 1 200 €/mois n’ont pas d’autre choix que de s’orienter vers des produits premier prix ou de réduire leur consommation, estime la FCD.

Enfin, si la confiance des consommateurs envers les producteurs locaux s’est renforcée pendant la crise, la contractualisation directe entre producteurs et GMS n’est pas toujours aisée pour faire converger l’offre et la demande. Le plus efficace aujourd’hui est de rassurer le consommateur avec l’origine France, synonyme de « local » pour une bonne partie de la population concentrée dans de grandes métropoles.

Plan de relance gouvernemental : des mesures pour les filières animales

Le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a présenté au conseil les mesures du Plan de relance gouvernemental destinées plus particulièrement aux filières d’élevage : https://www.economie.gouv.fr/plan-de-relance#

Le volet agricole du plan de relance, doté d’un budget de 1,2 milliard d’euros, prévoit notamment des mesures en faveur de la modernisation de la filière, de la sécurité sanitaire et du bien-être animal, pour un montant global de 250 millions d’euros dont 100 M€ pour la biosécurité et le bien-être animal et 130 M€ pour les abattoirs.

Un pacte « biosécurité-bien-être animal » sera ainsi mis en œuvre à partir de 2021 pour accompagner les éleveurs et leur permettre d’investir pour renforcer la  prévention des maladies animales et la formation à la biosécurité en élevage, soutenir la recherche et la gestion des ressources en eau, tout en permettant d'assurer une amélioration des conditions d'élevage au regard du bien-être animal.

Des mesures en faveur de la « modernisation des abattoirs» seront également mises en œuvre en 2021 pour soutenir l’investissement en vue d’améliorer la compétitivité des entreprises, notamment par la création ou la modernisation d’outils d’abattage et de découpe, adaptés aux besoins des filières et des consommateurs, et pour accompagner la segmentation de l’offre et la création de valeur ajoutée.

D’autres séries de mesures intéressent également les filières animales :

  • le Plan protéines végétales, doté de 100 millions d’euros en vue de réduire la dépendance de la France en soja importé pour l’alimentation animale
  • le renouvellement et le développement des agroéquipements nécessaires à la transition agro-écologique et à l’adaptation au changement climatique (250 millions d’euros), dispositif qui concernera aussi, par exemple, les équipements d’épandage des effluents.

Les dispositifs d’accompagnement sont en cours d’élaboration.

Pour en savoir plus, télécharger ci-dessous les documents de conjoncture diffusés à l'occasion du conseil "Ruminants" du 27 octobre 2020.

 

Photo Pixabay

Documents associés

Note de conjoncture mensuelle sur les filières viande ovine et viande bovine – Octobre 2020 | 30/10/2020

Informations de prix / abattages / échanges / consommation sur le marché français de la viande ovine et bovine portant sur le mois d'août 2020.
NCO-NOT-VR...pdf 1,1 Mo

Présentation sur le marché des ruminants - 27 octobre 2020 | 27/10/2020

Diaporama de conjoncture présenté au CS Ruminants Lait&Viande du 27 octobre 2020. Lait de vache, brebis, chèvre, bio. Viande bovine et ovine.
NCO-DIA-Co...pdf 1,1 Mo

Indicateurs de conjoncture : filière viande bovine - Octobre 2020 | 27/10/2020

Principaux indicateurs sur la filière viande bovine, présentés au CS Ruminants Lait&Viande du 27 octobre 2020.
NCO-DIA-VR...pdf 1,1 Mo
Voir tous les documents