Marchés céréaliers : le prix des engrais s’envole
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Date de publication : 19/05/2026
© Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Le conseil spécialisé « Grandes cultures-marchés céréaliers » s’est réuni le 13 mai 2026 sous la présidence de Benoît Piétrement. La flambée du prix des engrais au niveau mondial, à la suite du blocage du détroit d’Ormuz, interroge les stratégies des producteurs français en matière de fertilisation et de choix des cultures pour les semis de la récolte 2027.
Effet ciseaux entre le prix des céréales et le prix des engrais
Dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient, le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz reste très perturbé et sous fortes contraintes sécuritaires.
Le cours du Brent se maintient à plus de 100 $/baril, en hausse de 45 % depuis le début du conflit. Le prix du gaz européen reste élevé (+ 32 %), sans atteindre le pic observé en 2022 lors du sabotage des gazoducs Nord Stream. Les taux du fret maritime ont également augmenté par rapport au mois d’avril, notamment pour les Capesize (+ 54 %), en raison d’une offre limitée en navires pour répondre à la demande mondiale de transport en minerais.
Si les cours des blés américains sont dopés par la sécheresse qui sévit actuellement aux États-Unis, le prix du blé français à l’exportation reste orienté à la baisse.
À l’inverse, les cours mondiaux du maïs et de l’orge progressent pour la quasi-totalité des origines, portés par la demande mondiale, les tensions énergétiques et les coûts élevés des engrais.
Malgré un redressement récent des cours du blé meunier sur Euronext, le ratio entre le prix des engrais azotés importés en France et le prix du blé sur Euronext culmine désormais à 250 %. Autrement dit, 2,5 tonnes de blé sont aujourd’hui nécessaires pour acheter une tonne d’engrais azoté. Le prix de l’urée importée par la France, en particulier, s’est envolé et atteignait 983 €/t fin avril.
Si la France n’importe pas directement d’engrais en provenance du Moyen-Orient, elle est frappée de plein fouet par la flambée des prix mondiaux des fertilisants de toutes origines, le détroit d’Ormuz assurant en temps normal 33 % du commerce mondial des engrais. Un marché étroitement connecté à celui du gaz et du pétrole.
Plus que jamais, les producteurs français devront raisonner leur fertilisation azotée, appliquer les doses au plus juste, arbitrer leurs prochaines cultures en fonction des intrants nécessaires, étudier les voies de substitution possibles et ne pas attendre le dernier moment pour tout acheter.
Dynamisme des exportations françaises de céréales en 2025/26
Le bilan prévisionnel français du blé tendre reste lourd malgré un stock final de moins de 3,3 millions de tonnes (Mt), en léger repli par rapport aux prévisions du mois d’avril. Les prévisions d’utilisations par le marché français sont en effet ajustées à la baisse de 180 000 t (- 90 000 t pour la meunerie et la boulangerie/biscuiterie, - 50 000 t pour les fabricants d’aliments du bétail), ce qui éclipse en partie le dynamisme des exportations françaises. Les prévisions de ventes vers l’Union européenne sont en effet révisées à la hausse à 7,75 Mt (+ 55 000 t par rapport aux prévisions d’avril), ainsi que les prévisions d’exportations vers les pays tiers, désormais attendues à 7,25 Mt (+ 150 000 t).
Les prévisions de ventes de maïs vers l’Union européenne sont également portées à 5 Mt (+ 165 000 t par rapport au mois dernier), tandis que les exportations vers les pays tiers sont ajustées à 490 000 t (+ 10 000 t). Le stock de maïs attendu en fin de campagne reste quasi stable à plus de 2,3 Mt, après une nouvelle révision à la hausse des disponibilités (+ 132 000 t), ainsi qu’un ajustement à la baisse des prévisions d’utilisations françaises par les amidonniers (- 30 000 t) et les fabricants d’aliments du bétail (- 20 000 t).
En orge, le stock final attendu en fin de campagne s’allège à la marge et reste proche de 1,5 Mt, malgré l’augmentation des prévisions d’exportations de grains (+ 100 000 t) et de malt (+ 40 000 t) vers les pays tiers. En effet, les prévisions de collecte sont de nouveau revues à la hausse de 110 000 t, gonflant les disponibilités pour le marché. Par ailleurs, les utilisations par les fabricants d’aliments du bétail français sont ajustées à la baisse de 20 000 tonnes.
Perspectives 2026/27
- Monde
Si les prévisions de récolte pour 2026 doivent être considérées avec toute la prudence qui s’impose à cette période de l’année, elles s’orientent vers une baisse de la production mondiale et un marché plus tendu en 2026-2027. Les disponibilités resteraient toutefois confortables en raison de l’importance des stocks de début de campagne. Le Conseil international des céréales prévoit notamment un repli des récoltes de blé tendre pour la plupart des grands pays exportateurs (États-Unis, Union européenne, Russie, Australie, Argentine). Outre les risques climatiques, des menaces pèsent sur les rendements compte tenu du coût des intrants. La consommation mondiale de blé tendre devrait atteindre des records, portée par l’alimentation humaine. Le commerce mondial devrait toutefois ralentir, en raison de meilleures récoltes attendues chez certains importateurs (Turquie, Afrique du Nord, Inde).
- Union européenne
Une grande partie de l’Union européenne a pâti d’un déficit hydrique en avril dernier.
La production européenne de céréales est attendue en repli de 4,5 % à 280 Mt en 2026 en raison, principalement, d’une baisse des rendements en blé tendre, en orge et en blé dur.
- France
Avec des températures plus élevées que la normale et des pluies largement déficitaires sur une grande partie du territoire, sécheresse et déficit hydrique n’ont pas épargné la France jusqu’à fin avril. Les pluies de mai devraient néanmoins recharger partiellement les sols en eau. Le rayonnement et la faible pression maladie ont été jusqu’à présent favorables au développement des céréales, très en avance cette année. Les conditions de culture restent globalement satisfaisantes pour la récolte 2026, selon les derniers rapports hebdomadaires Céré’Obs.
Pour en savoir plus, retrouvez le diaporama sur la situation des marchés céréaliers au niveau mondial, européen et français présenté en conseil spécialisé ainsi que les nouveaux bilans prévisionnels détaillés des principales céréales françaises pour la campagne commerciale 2025/26.