Viandes blanches : autosuffisance et balance commerciale se dégradent en 2025
Date de publication : 20/03/2026
© Cheick Saidou/Agriculture.gouv.fr
Le conseil spécialisé « viandes blanches » de FranceAgriMer, réuni le 10 mars 2026 sous la présidence de François Valy, s’est penché sur le bilan économique des filières porcine et avicole en 2025 et la compétitivité des fermes françaises, évoquée dans un récent rapport du CGAAER.
Bilan économique 2025 : déséquilibres entre l’offre et la demande
Filière porcine
Le cheptel porcin français continue de s’effriter en 2025 (-0,6 %), en particulier pour les truies (-2,5 %). Néanmoins, les abattages ont légèrement progressé en volume depuis deux ans, grâce à l’augmentation du poids moyen des carcasses.
Les cotations européennes du porc ont connu de fortes fluctuations en 2025, avec l’érosion de la demande internationale, la baisse des achats de la Chine et les surtaxes imposées par ce pays puis la peste porcine en Espagne qui ont tiré les prix vers le bas.
La consommation française de viande de porc a progressé (+2,7 %), plus vite que la production (+0,8 %) générant un taux d’autosuffisance inférieur à 100 %, fait inédit depuis plusieurs années.
Le solde de la balance commerciale reste positif mais se dégrade pour les viandes fraiches, réfrigérées et congelées suite au recul des exportations françaises. Le déficit en salaisons et charcuteries reste préoccupant.
Filière avicole
La production française de volaille progresse en 2025, tirée par le poulet, mais la consommation de poulet progresse encore plus vite. Le taux d’autosuffisance diminue à moins de 80 %. Concernant les œufs, la production reste stable (+0,8 %) alors que la consommation augmente davantage (+4,9 %), ce qui entraîne une hausse des prix et des importations. Le taux d’auto-approvisionnement est de 94 %.
Le déficit de la balance commerciale s’aggrave pour la viande et les préparations de volaille à près de 1,7 milliard d’euros et 500 000 tec (tonnes équivalent carcasse). Le solde commercial est négatif vers l’Union européenne de -575 000 tec et -1,88 milliard d’euros. Il reste positif vers les pays tiers (+76 000 tec et +182 millions d’euros) mais baisse par rapport à 2024.
13 % des exportations françaises (63 000 tec) sont destinées au Moyen-Orient, dont 90 % pour l’Arabie saoudite. Les projets de réorientation de certains outils d’abattage devaient à terme limiter ces exportations, pour recentrer la production vers le marché français.
Pour en savoir plus, télécharger :
- le bilan annuel de FranceAgriMer sur les filières animales
- le diaporama de la conjoncture viandes blanches présenté en séance
- les principaux indicateurs sur la filière porcine
- les principaux indicateurs sur la filière avicole
Chine : les exportations continuent malgré l’Influenza aviaire hautement pathogène
Le protocole de zonage signé en mai 2024 avec la Chine instaure une gestion de l’influenza aviaire hautement pathogène à l’échelle du département. Le dispositif est opérationnel depuis 2025-2026 et permet aux exportations françaises de reprendre malgré l’épizootie, au fur et à mesure du recouvrement du statut indemne par les départements concernés.
Une évolution de la réglementation au Vietnam pourrait mettre en difficulté toutes les exportations de produits alimentaires à base d’animaux. Face aux difficultés attendues, les ambassades des pays exportant vers le Vietnam ont demandé un report de 6 mois de l’entrée en vigueur du nouveau décret, prévue le 16/04/2026.
Une délégation taïwanaise se rendra en France pour un audit de contrôle de 5 abattoirs de porc, prévu du 17 au 25 juin 2026.
Étude du CGAAER « Les exploitations françaises sont-elles compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes ? »
À taille équivalente, une exploitation française est-elle aussi compétitive que ses homologues européennes ? Une mission du CGAAER a été chargée d’apprécier pour trois filières – grandes cultures, bovins lait et volailles – la performance économique des exploitations françaises et de la mettre en perspective avec celle de leurs principales concurrentes dans d’autres États membres.
La compétitivité de l’agriculture française s’étiole, sur le marché intérieur comme à l’export. La France perd des parts de marché et sa balance commerciale agro-alimentaire se dégrade, en particulier avec les pays de l’Union européenne avec lesquels le déficit français se creuse d’année en année. L’objectif de la mission était d’analyser si le déficit de compétitivité se situe à l’échelle des fermes françaises et si celles-ci subissent des désavantages comparatifs qui entravent leur capacité à être aussi performantes que leurs homologues européennes.
En volaille de chair, les résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de la taille réduite de l’échantillon. La segmentation des marchés semble toutefois constituer un levier de compétitivité., et les exploitations relevant du régime de l’enregistrement au titre des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), présentent des performances intéressantes au regard du capital mobilisé. Pour les exploitations spécialisées dans l’élevage de poulet, la gestion de l’atelier grandes cultures pourrait être améliorée car elle génère des frais trop élevés au regard de son intérêt économique.
Le rapport formule plusieurs recommandations :
- Fiscalité & investissement : mener une comparaison des modalités d’imposition des structures agricoles au sein de l’UE et de leurs conséquences sur les stratégies d’investissement des agriculteurs et le revenu disponible.
- Amélioration de la gestion : favoriser la formation continue en gestion économique des exploitants, pour optimiser les choix d’équipements et la gestion des ateliers de diversification.
- Optimiser le recours au travail : engager une réflexion sur les leviers à développer pour réduire le coût du travail en agriculture.
- Faciliter l’implantation de nouveaux bâtiments d’élevage en volailles : mettre en œuvre une campagne de communication nationale sur les contradictions entre les attentes citoyennes et la réalité des tendances de consommation, pour lever les blocages en matière d’opposition sociétale à la création d’unités d’élevages et à l’agrandissement.
Pour en savoir plus, télécharger le rapport du CGAAER.
Conférences de la souveraineté alimentaire
À l'occasion du Salon international de l'agriculture, la ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, Annie Genevard, a présenté les premières conclusions des travaux sectoriels animés par FranceAgriMer au niveau national, dont celui sur les viandes blanches.
Objectif : identifier les marges de reconquête de la production et de la transformation, évaluer les conditions nécessaires pour y parvenir, et fixer des ambitions à dix ans, réalistes et assumées.
Les travaux se poursuivent actuellement avec une déclinaison régionale à l’initiative des Préfets, des présidents de Régions et des chambres d’agriculture. La synthèse globale est attendue d’ici l’automne.